HISTOIRE D'UNE AMITIÉ

 

Un autre type d’hommes dans la société Togolaise

             Je suis professeur de mathématiques en collège depuis plus de 20 ans. En 1997, j’ai été nommé dans un collège nouvellement créé : le CEG d’Anfamé (CEG est un collège d’enseignement général et Anfamé, le nom d’un quartier de la ville de Lomé).

Au terme de six années passées en école élémentaire, les enfants entre 9 et 16 ans, étudient pendant 4 ans au CEG avant d’aller au lycée, où ils passent 3 ans avant d’atteindre l’université ou les écoles supérieures.

En septembre 1997, l ‘état togolais décide d’ouvrir ce collège. Un directeur est nommé et un quartier de la ville choisi. La seule inconnue dans l’affaire est le lieu précis où est censée se trouver l’école.

- «  Allez et cherchez vous-mêmes l’endroit », dit-on au directeur.

Ce dernier trouva bien le quartier, mais personne ne pouvait situer le lieu, car il n’existait tout simplement pas de collège, ni même de terrain où il aurait pu être.

Cependant les élèves étaient déjà inscrits sur la liste de l’inspecteur, et on devait les instruire. Comment cela était-il possible ?

Et pourtant, quelque chose commença.

Le malheureux directeur erra dans le quartier, mais ne trouva rien. Finalement, une école d’un quartier limitrophe offrit une pièce, rendant possible un cours l’après-midi. Il ne pouvait y avoir que 3 heures de cours contre 5 au moins selon les instructions officielles. Et le plus gênant, était que les jours d’examen, de devoirs de l’école accueillante, la classe offerte était retirée au collège d’Anfamé. Ainsi plusieurs heures de cours étaient supprimées. Et cela 

dura toute l’année scolaire 1997-98. Tous espéraient une amélioration pour l’année suivante.



             En septembre 1998, on ne trouva pas plus de traces d’une nouvelle école, malgré l’inscription de 200 élèves. C’est alors que le directeur entendit parler de la construction de nouvelles classes dans une école élémentaire d’un quartier voisin.

La directrice de cette école s’apprêtait à détruire les anciennes classes aux murs de paille tressée, désormais remplacées par les nouvelles constructions.

Le directeur du collège se précipita vers elle afin que le collège « invisible » d’Anfamé puisse bénéficier des classes de paille.

Ainsi le collège « nouvellement créé » pouvait avoir ses premières classes et fonctionner à plein temps. Il s’agissait alors de 3 classes fréquentées par plus de 80 élèves.

La nature est compatissante, qui permet aux étudiants et à leurs professeurs de ne pas suffoquer sous la chaleur, générée par les toits de tôle touchant presque leur tête. Quand il pleut, les classes se transforment en réserves d’eau. Ils n’ont pas tort, les élèves d’écrire au tableau :

- « notre classe s’est transformée en rivière, les bancs en pirogues, les instituteurs en rameurs et les élèves en poissons ». Est-ce qu’une scolarité dans ces conditions peut être efficace ?

J’ai beaucoup réfléchi : « Les enfants ont-ils choisi de venir au monde ? Pourquoi un tel destin ? Il faut les aider ». Ces pensées n’ont cessé de tourner dans ma tête, mais je ne pouvais vraiment rien faire, car mon salaire, déjà ridiculement bas ne suffisait même pas à faire vivre ma famille, et m’ôtait tout espoir d’agir pour ces malheureux enfants.

Je me sentais impuissant devant cette situation qui devenait plus préoccupante que jamais pour de nombreux étudiants qui, de plus, ne trouvaient rien à manger à l’école, faute d’argent. Il fallait aussi s’acquitter de la scolarité annuelle : 3000 F pour les filles et 4000 F (environ 6 €) pour les garçons, que de nombreux parents ne pouvaient pas payer.

Et pourtant…les enfants qui ne peuvent pas payer peuvent-ils tout de même fréquenter l’école ?

Le directeur, homme compatissant, accepta les élèves démunis.  Il en fut autrement lorsqu’il fut remplacé par une directrice intraitable. Elle refusait l’entrée en cours ou pour passer des examens à tout enfant qui n’avait pas payé. Le plus terrible était qu’elle utilisait les cotisations à des fins personnelles ne laissant presque rien pour l’école. De nombreux élèves ne pouvaient continuer leurs études au collège, malgré leur envie. Vraiment, il fallait faire quelque chose pour ces malheureux. Je devais continuer à réfléchir : « est-ce que l’Espéranto ne pourrait pas faire quelque chose pour eux ? »

Mon enfance s’est déroulée dans un village où je fréquentais l’ école catholique. Ce genre d’écoles est abondant à travers le pays. Il existe d’autres écoles fondées par des religieux pour aider à l’instruction des enfants et en même temps assurer la subsistance des gens y travaillant. Bien sûr, et les étudiants et les professeurs doivent pratiquer la religion. C’est ainsi que je suis devenu catholique, et maintenant, je ne regrette rien. J’ai beaucoup appris des catholiques d’alors, et leurs leçons m’ont amené plus tard à découvrir d’autres religions. L’espéranto aussi m’a beaucoup enseigné

Une autre chose d’importance dont je me souviens est l’analphabétisme des villageois et de la plupart des Togolais.  De ce fait ils ne comprennent pas l’utilité des écoles, et en refusent l’accès à leurs enfants, ou, même s’ils leur en autorise la fréquentation, inconsciemment les empêchent de progresser.

 

Lorsqu’ arrive la saison des pluies, ou la période d’abondance de poissons dans le lac, les parents obligent les élèves à quitter l’école pour travailler aux champs ou au lac et pendant plusieurs mois. Ce n’est qu’après qu’ils reviennent à l’école, ayant manqué tant de cours qu’ils ne comprennent plus rien. J’ai moi-même expérimenté ce genre de situation. J’ai du étudier le ventre vide pendant de nombreuses années, ayant fait le choix d’aller à l ‘école au détriment des champs et du lac. Je rencontre maintenant des gens de la même génération qui n’ont pas pu braver leurs parents. Beaucoup sont analphabètes et vivent dans une grande ignorance. Et c’est grâce à cette toute petite instruction que j’ai pu découvrir l’Espéranto, dont j’expérimente chaque jour l’utilité. La personnalité de Zamenhof me fascine toujours. Je suis Espérantiste et estime que la nature de l’Espérantiste est importante pour tous. Car les religions transforment les hommes, et bien que l’Espéranto fasse la même chose.

Les Africains utilisent bien l’Espéranto, mais malheureusement, presque tous les Espérantistes ont beaucoup de mal à gagner leur vie, empêchant un développement facile de la langue sur le continent. Quelque chose résonna en moi :

« et si les Espérantistes imitaient les religieux, les enfants ne seraient-ils pas plus facilement instruits, les jeunes ne trouveraient-ils pas de quoi vivre et l’Espéranto n’atteindrait-il pas les autres hommes ?…… »

Je décidai de m ‘en ouvrir à Hans BAKKER, le délégué d’alors d’UEA (Association Universelle d’Espéranto) à l’action africaine. Hans est d’une rare générosité et sensibilité. Il trouva l’idée bonne et réagit de suite. Ainsi nous revînmes à notre idée : « fondons une école pour les enfants, où l’on enseignerait le programme officiel du Togo et en outre l’Espéranto comme langue mais aussi comme conception de vie selon les préceptes de Zamenhof. Seuls les Espérantistes pourraient enseigner dans cette école, trouvant ainsi un moyen de vivre et de se consacrer à l’Espéranto.

 

C’est ainsi que débuta le projet d’  « une école Espérantiste ». Avec le temps, le projet acquit de la maturité. En plus d’Hans, d’autres personnes s’introduirent dans le réseau. Hans organisa une campagne pour récolter des fonds et les premiers donateurs étaient des Espérantistes. En 2001, nous achetâmes le terrain. Hans et d’autres continuèrent leur campagne. Retenons l’aide de Renato CORSETTI et Nelly HOLEVITCH. Cette dernière mérite une mention particulière de par ses multiples encouragements, 

n’était pas seul, mais avec sa femme Ans qui souffrit de l’investissement quotidien de son mari, mais qui l’aida souvent à réaliser le projet.

Une fondation vit le jour aux Pays-Bas. Présidée par Hans, la fondation : « Une école au Togo » se tourna vers les hommes de bonne volonté et les associations. La situation des enfants éveilla la sympathie de nombreuses personnes qui se montrèrent généreux : l’argent rentrait.

De tous ces efforts, résulte quelque chose de bien concret : l’école est presque construite et en septembre 2004 ouvrira ses portes aux enfants Togolais. Sera-ce enfin la fin de la souffrance des enfants ?

Désormais une belle construction est mise à la disposition des enfants démunis, mais est-ce suffisant ? Bien sûr, trouver des bancs, des livres n’est pas un problème majeur car il s’agit d’un investissement d’une fois. D’autre part, le fonctionnement de l’école est très important. Il faut sans cesse trouver des solutions. Ce n’est pas une école d’état, donc non subventionnée. Mais en ce moment, même les écoles d’état ne reçoivent presque plus de subventions. Ainsi les directeurs d’école, avec la complicité ou en travaillant avec les parents des élèves demandent une cotisation supplémentaire de l’ordre de 5000 à  12000 F. Normalement cela devrait résoudre les problèmes des écoles, mais non, dans la mesure où de nombreux directeurs et/ou délégués de parents d’élèves détournent l’argent à leur profit. Voilà pourquoi le problème reste entier : manque de lieux, d’outils, d’instituteurs.

Des individus, des associations s’efforcent de résoudre ces problèmes en créant des écoles privées. De nombreux parents, malgré leur pauvreté, préfèrent inscrire leurs enfants dans ces écoles privées plutôt que dans les écoles d’état qui sont devenues la propriété des directeurs. Dans les écoles privées, l’enseignement paraît plus facile, mais tout ne va pas sans problème, et à cause de l’avidité de certains fondateurs, qui réclament des cotisations élevées mais ne payent pas pour autant de salaires convenables aux enseignants, l’enseignement est voué à l’échec.

Vraiment, il est urgent de créer une école particulière pour les enfants déshérités.

 

  Voici le projet :

« l’ Ecole Espéranto » s’ouvre sur : l’Institut Zamenhof (IZo).

L’Institut Zamenhof sera une toute autre catégorie d’école. L’enseignement  se fera selon les programmes officiels du Togo. De plus, d’autres objectifs seront poursuivis : Espéranto, éducation à la paix, dénouement des conflits, informatique, leçons de musique et de cuisine, etc…

L’enseignement se fera dans une ambiance sereine, selon des critères de justice, d’amour… en voici quelques-uns :

-        enseigner dans un esprit de tolérance et de fraternité

-        enseigner dans un esprit de curiosité envers le monde, l’homme, la nature

-        enseigner dans un souci constant de la santé, de l’hygiène, de l’ordre

- enseigner selon une pédagogie, non à travers des punitions mais avec des encouragements

- enseigner en collaboration avec les élèves les plus mûrs

- enseigner par l’utilisation d’Internet pour des contacts mondiaux entre autre en Espéranto

- ne pas seulement enseigner mais aussi travailler pour que l’école subsiste économiquement

- créer avec les élèves et les collègues une communauté garante de la continuité de      l’école

- chercher à établir de bonnes relations avec les parents pour qu’ils s’intéressent à la vie de l’école et l’aident

- dispenser un enseignement non pour les diplômes mais pour la vie.

 

Bien que privée, l’école n’aura cependant pas de but commercial, mais social. Les frais de scolarité des élèves (maximum 25000 F soit 38 € par élève par an) serviront au fonctionnement de l’école, aux salaires des instituteurs et si possible à servir un repas de bonne qualité et aussi donner des médicaments aux élèves malades. De plus l’institut se débrouillera pour gagner de l’argent pour couvrir une partie de ses besoins : création d’un cybercafé, qui n’existe pas du tout dans ce quartier. Les membres de l’institut en auront besoin pour entretenir des relations avec le monde. Il y aura aussi des cabines téléphoniques que pourront utiliser les habitants du quartier. D’autres services seront mis à leur disposition par l’institut, tels que : mise en page par ordinateur, eau potable, soins médicaux, le tout pour couvrir quelques dépenses.

 

L’Institut n’oublie pas les parents, surtout les femmes qui souffrent d’une discrimination de la part de la société, en matière d’éducation.  Nombre d’entre elles sont analphabètes, d’où la nécessité de l’école, et l’Institut Zamenhof leur proposera des cours du soir, des cercles de discussions sur des sujets indispensables à connaître….. L’Institut s’occupera et des élèves et des parents.

La plupart sont pauvres et ne peuvent accéder à l’école. L’Institut Zamenhof aimerait les aider à travers la contribution de donateurs extérieurs à l’Afrique, Espérantistes ou non. Tout le monde peut aider à sa manière. Aider directement ou faire aider.

 

Un système de parrainage est possible : des personnes extérieures à l’Afrique peuvent payer la scolarité 

d’un ou plusieurs élèves ou donner l’argent à l’Institut : l’essentiel étant de tout mettre en œuvre pour que l’enseignement se fasse sans encombres, que les orphelins puissent étudier, qu’ils aient des outils de travail, à manger, et étudient dans une école fonctionnant réellement, où les étudiants peuvent en toute liberté et sans problème communiquer avec leurs pairs dans le monde entier.

De tels groupes de soutien se sont déjà constitués en France et en Belgique, à l’initiative d’Espérantistes qui ont contacté aussi des non-Espérantistes.

L’association française « La compagnie du soleil »  a déjà réuni plus de 25 parrains dont les premiers dons s’élèvent à 2600 €. La belge Agnes GEELEN réunit de l’argent, du matériel scolaire et des vêtements pour les élèves. Ceci est possible de tous les Espérantistes d’autres pays. Une autre façon d’aider est possible : des professeurs en exercice pourraient enseigner bénévolement dans l’école pendant une ou plusieurs années. Ainsi l’argent épargné pourrait être réservé pour d’autres objectifs. Il existe de nombreuses façons de contribuer au succès de l’école. Chacun peut y réfléchir dans le souci d’aider les enfants démunis, de qui dépend aussi l’avenir de notre humanité.

 

L’Institut Zamenhof a une bien grande ambition. En fin d’études, chaque jeune devra être capable de maîtriser les disciplines du programme Togolais, vivre avec d’autres hommes, pas seulement dans sa région géographique, mais dans toute la communauté mondiale, qui est le monde unique de l’humanité. En outre, cet étudiant sera pacifique, évitera de nombreux conflits, utilisera l’ordinateur et sera amateur d’Internet, etc… Les parents analphabètes seront instruits à l’Institut et sauront lire et écrire. Ils se cultiveront au sein de groupes de discussions et d’échanges proposés par l’Institut.

Ainsi changeront les hommes : voilà l’homme idéal auquel aspire l’Institut Zamenhof au Togo.



• oser la solidarité

• parler équitable

• encourager la scolarité des filles

• agir en soutenant les élèves

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Koffi Gbeglo